Pour cette année 2023-2024 PROJEKT poursuit son séminaire mensuel transversal DEIS « Design Et Innovation Sociale ».
Le séminaire a lieu les vendredis de 14h à 16h dans la salle 111 du site Hoche de l’Université de Nîmes.
L’entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

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Programmation 2023-2024

Séminaire mensuel transversal DEIS « Design Et Innovation Sociale »

20 octobre 2023 : Nathalie Bruyère
Global tools ? Et maintenant ?

Invitée par Michela Deni

La conférence aura lieu le vendredi 20 octobre 2023, de 14h à 16h, dans la salle 111 du site Hoche de l’Université de Nîmes et pourra également être suivie en distanciel par ce lien :
https://zoom.us/j/97362609797?pwd=c0lVNlkyK0ptQ0R1enY5ZnVQSHRndz09 – ID réunion : 973 6260 9797  – mot de passe : 578523

Résumé
Au travers des archives inédites, issues du livre Global Tools (1973-1975) : Éco-design : dé-projet et low-tech, mais aussi des entretiens menés avec Andrea Branzi, Gaetano Pesce, Gianni Pettena, Ugo La Pietra, Alessandro Mendini, il sera question d’identifier et de re-questionner ensemble ces approches et concepts. Ceux-ci sont présentés par Franco Raggi ainsi : « Ceux qui ont fondé ou participé à la Global Tools s’intéressent à la construction d’un programme d’activités de recherche éducative et productive qui partait d’en bas, dans le but théorique de libérer la créativité individuelle des superstructures culturelles qui empêchaient ou ralentissaient la capacité d’expression, selon l’hypothèse de travail libre, anarchiste (mais organisé), d’expérimentations dans le domaine du design, du vivre et du construire… La tentative fut aussi de revenir à une sorte de “condition primaire” de fabrication qui impliquait les “outils” individuels, les premiers ustensiles à notre disposition permettant d’interagir avec le monde extérieur comme les mains, les pieds, les sens, le corps, et leur perception. » En quoi ce positionnement intéresse la pratique et la culture du projet ? Que pourrions-nous faire aujourd’hui ?

Bio : Nathalie Bruyère est designer, fondatrice de l’agence d’architecture et de design Duffau & Associés et d’Ultra ordinaire. Elle enseigne le design à l’institut supérieur des arts et du design de Toulouse.

 

1er décembre 2023 : Ludovic Duhem
Design écosocial, industrie ouverte et économie de la régénération

Invité par Thomas Watkin

Résumé
Le design écosocial, en tant que démarche intégrale de conception et d’expérimentation située, réflexive et critique, pour laquelle les enjeux écologiques et sociaux sont inséparables et interdépendants, appelle non seulement une transformation profonde des pratiques de design mais aussi de l’industrie et de l’économie pour répondre à la situation de menace planétaire de l’intégrité et de la dignité de la vie terrestre. L’industrie « ouverte » proposée par Simondon dans les années 1960 et l’économie « régénérative » proposée à partir des années 2010 sont des voies possibles et cohérentes qu’il est intéressant – voire décisif – d’interroger au-delà de leur apparente contradiction. Mon intervention aura donc pour objectif de présenter les principes du design écosocial, de l’industrie ouverte et de l’économie régénérative pour en discuter les intérêts et les limites en vue d’une société viable.

Bio : Ludovic Duhem est artiste et philosophe. Pour semer le trouble, il a décidé de ne pas choisir et compte bien continuer. Voulant désapprendre ce qui s’impose malgré nous, il enseigne dans des écoles supérieures d’art et de design ainsi que dans des universités en France et à l’étranger. Selon les situations, il développe des recherches et des expérimentations autour de la techno-esthétique humaine et autre qu’humaine, de la mésologie et de la théorie écosociale des territoires. Il a récemment publié Crash metropolis. Design écosocial et critique de la métropolisation des territoires (Éd. T&P Workunit, 2022), Les écologies du numérique (Éd NUMA, en ligne, 2022), Écologie et technologie. Redéfinir le progrès après Simondon (avec Jean-Hugues Barthélémy, Éd. Matériologiques, 2022), Design des territoires. L’enseignement de la biorégion (avec Richard Pereira De Moura, Eterotopia, 2020). www.ludovicduhem.com.

 

19 janvier 2024 : Marion Coville en visio
Des flux de sang et de données : étudier les applications de suivi des cycles menstruels

Invitée par Manon Ménard

Résumé
Depuis près d’une dizaine années, des applications smartphones proposent un service de suivi des cycles menstruels, majoritairement basé sur la notification des prochaines périodes de menstruation et d’ovulation. Les techniques de suivi des cycles ne sont pas nouvelles, mais leur transposition sous la forme d’un service numérique mobile, connecté et édité par une entreprise privée, façonne de nouveaux enjeux sociaux et économiques.
Cette intervention présentera les prémices d’un projet de recherche sur les applications de suivi des cycles menstruels, ancré dans les approches féministes des sciences et des technologies. Afin de favoriser les échanges, nous insisterons d’une part sur l’articulation entre le design des application et leurs usages et, d’autre part, sur la transposition des résultats de la recherche en un projet d’éducation aux médias et à la sexualité.

Bio : Marion Coville, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication (Université de Poitiers, Cerege). Admin de l’Observatoire des Mondes Numériques en Sciences Humaines et co-organisatrice du festival Les Menstrueuses. Ses recherches portent sur la construction mutelle du genre et des technologies numériques, dans une approche féministe des sciences et des techniques.

 

16 février 2024 : Keith Murphy, ( en visio) *cette session se déroulera en anglais*
Design + Anthropology: Affinity or Friction?

Invité par Cara Ryan et Manon Ménard

Résumé
“Design anthropology” has been around as a distinct discipline for about 15 years, and has met with great success in certain contexts. But recently some scholars have begun to sense that the relationship has run its course. In this presentation I will discuss some of the advantages and limits involved in the relationship between design and anthropology, and offer some of my own views on how design and anthropology can stay productively linked.

Bio : Keith Murphy is associate professor of anthropology at the University of California, Irvine. His research interests include design, language, embodiment, and visual media. His first book explored the relationship between the design of everyday objects and social democratic politics in Sweden. The book he’s currently working on is based on longterm ethnographic research with different communities of people who, in one way or another, care for letters and writing — letterpress printers, type designers, typographers, members of the Unicode Consortium, and more. He also likes cats.

 

15 mars 2024 : Fanny Lopez
Infrastructures énergétiques en projet

Invitée par Corinne Rondeau

Résumé
La question de l’héritage des infrastructures énergétiques du XXe siècle pose d’immenses défis aux disciplines de l’aménagement. Que garder, réparer ou transformer et selon quel protocole de projet ? Loin des ruines sublimes et pittoresques chères à la tradition architecturale classique, nous héritons d’ensembles industriels et infrastructuraux technologiquement complexes à démanteler. Au croisement de l’histoire de l’architecture et des techniques, de l’urbanisme et de l’électricité, cette conférence propose quelques pistes théoriques et projectuelles de transformation infrastructurelle, mais elle souhaite aussi plus largement questionner les imaginaires techniques pour en renouveler les utopies.

Bio : Fanny Lopez est historienne de l’architecture et des techniques (Université Paris I Panthéon-Sorbonne), Professeure habilitée à diriger des recherches à l’ENSA Paris-Malaquais et co-directrice du LIAT. Ses activités de recherche et d’enseignement portent sur l’impact spatial, territorial et environnemental des infrastructures énergétiques et numériques, ainsi que sur les imaginaires techniques associés. Parmi ses ouvrages : Le rêve d’une déconnexion. De la maison autonome à la cité auto-énergétique (Ed. La Villette, 2014, traduit chez Manchester University Press, 2021) ; L’ordre électrique, infrastructures énergétiques et territoires (Ed. Métis Presses 2019 – prix de l’AARHSE), À bout de flux (Ed. Divergences, 2022), Le feu numérique : spatialités et énergies des data centers (Ed.Métis Presses 2023). En 2023 elle co-crée le festival sur les imaginaires techniques : La machine dans le jardin (à Mellionnec) et participe à la Biennale d’architecture de Venise avec le projet Prospect Station.

 

12 avril 2024 : Natalia Bobadilla et Philippe Mairesse

Natalia Bobadilla
Les lieux culturels alternatifs comme vecteurs d’innovation sociale

Invitée par Antoine Lefebvre

Résumé
Au cours des 20 dernières années, des tiers-lieux culturels et créatifs ont vu le jour dans le monde entier, créés à l’initiative d’artistes, d’activistes, d’associations et de collectifs et par l’occupation de friches industrielles et d’espaces abandonnés. Ces projets d’occupation temporaire sont parfois considérés comme “ alternatives militantes aux pratiques capitalistes  » (Lallement, 2015). Cependant, la véritable proposition alternative de ces formes organisationnelles doit être examinée à la lumière des interventions plus larges des acteurs publics et privés de création de lieux et de rénovation de quartiers dans le contexte urbain, à une époque d’intensification de la gentrification, de la marchandisation de l’underground, de l’image de marque de la ville et de l’entrepreneuriat culturel. Il s’agit aujourd’hui de questionner de manière critique la notion de tiers-lieux culturels et créatifs en proposant des perspectives multidisciplinaires (artistes, praticiens, chercheurs, décideurs politiques, urbanistes) sur les questions et les tensions rencontrées dans ces lieux en termes de durabilité, de diversité, d’inclusion et d’externalités.

Bio : Natalia Bobadilla est maître de conférences en Stratégie et Pilotage des organisations à l’Université Paris 13 Sorbonne Paris Nord. Ses recherches portent sur les effets des transformations organisationnelles (espace/temps/sociomatérialité) sur la créativité et l’innovation, et sur le management des organisations alternatives, créatives et de recherche et développement. Elle est membre actif du laboratoire d’excellence ICCA (Industries culturelles et création artistique). Elle est membre du conseil consultatif de l’association- Collectif MU qui coordonne La Station – Gare des Mines où elle mène sa recherche longitudinale depuis 2018 jusqu’à aujourd’hui.

Philippe Mairesse
Mobiliser les imaginaires pour repenser les organisations

Invité par Antoine Lefebvre

Résumé
Nous nous heurtons à un mur insoutenable, qui relègue les approches sensibles par l’imaginaire ( l’art, l’esthétique, le symbolique) à du jeu, toléré mais pas sérieux, pas aussi sérieux que la mitigation des risques, l’analyse des opportunités, les balances comptables, la quantification, l’évaluation, la mesure, les process, les vérités objectives : pensée systématique contre pratique du singulier. Il s’agit de comprendre ce mur, de le désigner, de ne pas le laisser agir tacitement, et de le traverser : l’intégration des imaginaires aux pensées et aux pratiques est un facteur décisif pour résister à la rationalisation instrumentale dominante dans les organisations (Guillet de Monthoux, 2022*). À travers la recherche-création et le centrage sur les affects et les ressentis liés aux situations il s’agit d’identifier les représentations imaginaires, culturelles, identitaires, professionnelles, idéologiques pour les prendre en compte en tant que facteurs décisionnels et opérationnels, de manière ponctuelle puis pérenne.

Bio : Philippe Mairesse détient un double doctorat, en Arts et Sciences de l’art (Université Paris1 Panthéon Sorbonne) et en Théorie des organisations (Universitat voor Humanistiek, Utrecht). Enseignant-chercheur, rattaché au CEREFIGE-Université de Lorraine, il a dirigé pendant trois ans à ICN la chaire UNESCO « Arts et Sciences dans le cadre des Objectifs de Développement Durable », dont il est coordinateur scientifique. Ingénieur de formation (Télécom), il a d’abord mené une carrière artistique (illustration, arts plastiques, installations et performances participatives) et fondé entre art et entreprises les structures Grore Images et Accès Local ; il a aussi une activité de consultant et formateur en management public. Ses méthodes de recherches et d’intervention sont systématiquement basées sur l’art (art-based research), méthodes qu’il théorise et sur lesquelles il publie. Il s’intéresse aux questions d’esthétique organisationnelle, de collaboration, d’intelligence collective, de travail émancipateur, de management public, de fictionnalisation du réel, d’épistémologie et d’ontologie sociale, dans une perspective de soutenabilité.

 

24 mai 2024 : Carlo Andrea Tassinari, Virginia Tassinari

Carlo Andrea Tassinari
Sens et écologie. Une prise sémiotique sur les controverses autour des grandes infrastructures

Invité par Michela Deni

Résumé

Cette présentation cherche à donner une définition non essentialiste aux revendications écologistes, plus ou moins explicitement convoquée au cœur du débat à propos de la pertinence des grandes infrastructures controversées.
Depuis les travaux récents en anthropologie et ceux, moins récents, d’écologie de tradition marxienne, la nature n’est plus un « faire valoir » simple à manier par le discours écologiste militant. Chaque groupe, y compris les porteurs des grands projets infra-structuraux, se fait porte-parole de la définition – bien réelle et matérielle – d’une nature à défendre ou à consommer. Un tel affrontement remet profondément en question le monopole épistémique de la parole des « experts » technico-scientifique, désormais occupés à négocier la définition des enjeux avec une grande variété d’acteurs. Autant reconnaître l’instabilité sémantique et la dimension politique qui va avec la défense des milieux de vie, en rendant visible les mondes de valeurs que les infrastructures y inscrivent, via les controverses par lesquelles elles prennent forme. Cela est particulièrement évident dans la controverse à propos du lien ferroviaire Lyon-Turin, au cœur du projet de développement de l’espace économique européen. Dans les débats autour de sa réalisation, la nouvelle ligne devient le support de différentes visions du monde, de différents focalisations sur les acteurs qui les peuplent, ainsi que de différents registres et types de discours (politique, technique, économique, patrimonial, etc.). Ainsi, après avoir fixé notre cadre entre sémiotique et design de la redirection écologique, pointant vers une réflexion sur le sens et la finalité des projets d’infrastructure dans l’Anthropocène,  nous montrerons en quoi un protocole d’analyse sémiotique nous permet de séquencer une controverse particulière et de montrer les enjeux de valorisation et de prise de parole dont il fait l’objet. Cela nous permettra, enfin, de déployer la cartographie plurielle des écologies sous-jacents aux objets controversés, ainsi que d’indiquer un cahier de charge pour évaluer leur pertinence par rapport à une écologie du sens, centrée sur la “conservation » de différences signifiantes.

Bio : Carlo Andrea Tassinari est chercheur post-doctoral Marie Skłodowska-Curie à l’Université de Bologne pour le projet « Voices from the Anthropocene. Maps and Framework for Ecological Conflict » (VAMP – n. 101106065). Docteur en sciences du langage à l’Université de Toulouse 2, et en patrimoine culturel à l’Université de Palerme, ses recherches portent sur l’analyse des controverses dans l’optique d’une sémiotique de culture. Il s’est focalisé principalement sur l’écologie, l’IA et l’antimafia. Il a publié, entre autres, pour Communication, Culture et musées, Lexia, Actes sémiotiques,Versus, E/C. Il a co-dirigée les ouvrages Dendrolatrie. Miti e pratiche dell’immaginario arboreo (2021) et Method and Textuality. Analytical Models and Ways of Doing (2022).

Virginia Tassinari
A proposal for idiotic designing

Invitée par Michela Deni

Résumé
Sometimes, the context in which we design urges us to question our work and reconsider our design practices from a different perspective, reimagining the epistemological framework from which we design. To foster a regenerative, de-colonized, non-patriarchal, ecosystemic and more just design within a situated context, it is essential to first interrogate the epistemological frameworks underlying our design practices. An image that can guide us in this process is Isabelle Stengers’ conceptual persona of the “idiot”, “the uninitiated, private, or ordinary individual as opposed to the technician or expert” (Stengers, The cosmopolitical proposal, In Bruno Latour & Peter Weibel (eds.), Making Things Public, MIT Press, 2005, p. 221). This metaphor might help us designers to de-create our role as “experts” and recognize ourselves as just one of the many actors interacting with others. This means to rid oneself of many claims: that of constructing a universal, generalised kind of knowledge which can be easily evaluated, of designing universal tools and methods to be used in every possible situation, of translating and representing silent and silenced voices in a genuine way, of identifying once and for all what is “in-between” us, of generating scenarios enabling all stakeholders to act, of providing “end-solutions” that can fix societal issues once and for all. To question these assumptions we inherited from design’s fundamentally anthropocentric and western-centric epistemological framework, we will discuss the potential of Stenger’s conceptual persona of the idiot, and envision what an “idiotic » understanding of the act of designing might possibly entail.

Bio : Virginia Tassinari’s research focuses on how philosophy can contribute to the contemporary design research discourse. She is currently Assistant Professor at TUDelft (NL). She is a visiting scholar at Parsons, the New School of Design (USA), visiting lecturer at Université de Nîmes (FR) and design researcher at foresight and design studio Pantopicon (BE). Virginia is currently a member of the International Coordination Committee of DESIS Network, an international network within which she is also co-initiator together with Ezio Manzini of the DESIS Philosophy Talks, a series of discussions on design for social innovation and philosophy.

She recently published Designing in Dark Times. An Arendtian Lexicon (Bloomsbury, 2020, with Eduardo Staszowski) (for which they won the Compasso d’Oro 2022 Design Prize) and Reframing the Politics of Design (Public Space, 2022, with Liesbeth Huybrechts and Oswald Devisch, Public Space). She is currently co-editor with Eduardo Staszowski and Clive Dilnot of the Bloomsbury series Beyond the Modern.