Pour cette année 2025-2026 PROJEKT poursuit son séminaire mensuel transversal DEIS « Design Et Innovation Sociale ».
Le séminaire a lieu les vendredis, de 14h30-16h30, sur le site Hoche de l’Université de Nîmes, dans la salle indiquée sur l’agenda. L’entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

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Programmation 2025-2026

Séminaire mensuel transversal DEIS « Design Et Innovation Sociale »

 

12 septembre 2025 : Invité Olivier Peyricot

Paysages de recherche design

Invité par Lucile Haute

Résumé
Alors qu’on raconte le design comme une solution bienveillante au service de la société, les dominations, les potentats, les pouvoirs nous confinent et produisent un environnement de plus en plus invivable. Le design est en mutation, principalement à ses marges, confronté à deux phénomènes : sa contre-performance sociale et environnementale que met à nue la recherche, et le refus actuel, généralisé et contradictoire, de toute bifurcation. Mais la façon dont on redécouvre le vivant qui s’agence et résiste, produit de nouveaux récits de création qu’incarnent entre autres les travaux des designers-chercheurs.
A partir de l’activité de la recherche et d’exposition, développée entre 2008 et 2022 à Saint-Etienne, et en s’appuyant sur des pensées critiques circulant à travers le monde, nous proposons de rassembler sous forme de paysage de recherche des pratiques et des théories éparses qui contribuent  à un renouveau profond du design, donnant un aperçu de ce qui devient de plus en plus un pivot méthodologique et pratique pour produire autrement nos environnements matériels.
Dans ce contexte, comment le designer-chercheur -pris lui-même à l’intérieur de ce monde qui se dégrade- peut-il opérer ? Comment sa méthode de déconstruction et de composition du projet peut se mettre au service d’une tentative de renaissance du maillage social et technique ?
Cette conférence mettra donc l’accent sur ce qui pousse à dessiner une forme de recherche spécifique au design, dans un contexte de réorientations politiques de la pratique du projet.

Bio
Olivier Peyricot est designer, enseignant, commissaire d’expositions. Il a dirigé la recherche de la Cité du design de 2014 à 2022 et a été entre autres directeur de la biennale design de Saint-Etienne de 2017 sur les mutations du travail. Depuis 2022, développe le labo Almanach pour la Fondation Martell à Cognac et programme le lieu de recherche la Chambre des méthodes à Saint-Etienne.

 

17 octobre 2025 : Invité.es Fabien Lechevalier et Louise Wambergue-Gouble

La conférence aura lieu de 14h30 à 16h30, dans la salle H109 et pourra également être suivie en distanciel par ce lien :
https://zoom.us/j/93311749775?pwd=ZQfwoUsogaK3LCsSM16n8b6kQSFCtO.1

Fabien Lechevalier
Ce que le droit fait voir pour se faire croire

Invité par Pierre Fournier

Résumé
La confiance est au fondement de toute relation entre gouvernants et gouvernés.
En droit, elle constitue la condition silencieuse de l’effectivité des normes : on respecte la règle parce qu’on reconnaît l’autorité de celle ou celui qui l’édicte, l’interprète ou la met en œuvre. Cette légitimité repose sur l’idée que ceux qui obéissent à la norme en sont aussi, au moins symboliquement, les auteurs (Article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 — « La loi est l’expression de la volonté générale »). L’autorité du droit tient ainsi à sa source démocratique, mais également à la reconnaissance, sans cesse reconduite, de cette source comme légitime. Autrement dit, le droit ne vaut que s’il est encore cru. S’il cesse de l’être, les institutions perdent leur fondement, et avec lui, le consentement : naissent alors les révoltes, voire les révolutions.
Cette reconnaissance ne repose donc pas uniquement sur le statut juridique de l’autorité, ni sur la seule force des textes qui l’instituent. Elle dépend d’un équilibre plus fragile : un pacte de confiance entre les institutions et celles et ceux sur lesquels elles prétendent exercer leur pouvoir.
Or, pour que cette confiance advienne, l’autorité doit faire signe. Elle doit se rendre crédible, tangible, sensible, accessible. Elle s’énonce autant qu’elle se met en scène : formes, symboles, espaces, imaginaires… C’est toute une esthétique institutionnelle qui s’est construite autour de ce que, ou de qui, le droit cherche à légitimer. Des architectures aux uniformes, des emblèmes aux typographies, une grammaire visuelle du pouvoir s’impose — souvent à notre insu. Elle incarne l’ordre, la stabilité, la rigueur, l’écoute. Elle produit un effet de légalité, un effet de réalité.
Mais quelles sont les conditions de cette mise en forme ? De quoi est-elle le produit ? Dans quelle mesure continue-t-elle à opérer, dans un monde où la défiance envers les institutions gagne du terrain ? Peut-on encore “croire” à une autorité qui se manifeste par des signes souvent figés, hérités d’un autre temps ? Et comment cette grammaire se recompose-t-elle à l’ère numérique, où l’autorité se dématérialise, s’interface, se code ?
Cette communication propose d’interroger, à travers des pratiques d’art et de design, les formes de cette confiance institutionnelle ainsi que leurs fragilités. Il s’agit moins de la célébrer que de la mettre à l’épreuve, d’en montrer les effets performatifs, et peut-être d’imaginer d’autres manières de rendre l’autorité sensible, crédible, accessible.

Bio
Fabien est doctorant en Droit à l’Université Paris-Saclay. Il est chercheur au Centre d’Études et de Recherche en Droit de l’Immatériel (Université Paris-Saclay) et affilié au Transatlantic Technology Law Forum (Stanford University). Ses recherches portent principalement sur le droit à la vie privée ainsi que sur plusieurs thématiques à l’interface des disciplines du droit et du design. Avec un parcours pluridisciplinaire, au croisement du droit, de l’économie et du design, il s’intéresse aux démarches de recherche-action et recherche-création dans le milieu juridique. Il enseigne le droit dans plusieurs institutions (Université Paris-Saclay, Mines-Télécom) et a été Visiting fellow au Digital Life Initiative de Cornell Tech. Il co-pilote actuellement le Lab Surveillance, un laboratoire étudiant éphémère de recherche juridique expérimentale par le design porté par l’ENSCi-Les Ateliers et l’Université Paris-Saclay.

 

Louise Wambergue-Gouble
Ces signes graphiques auxquels nous faisons confiance

Invitée par Pierre Fournier

Résumé
Le 1er septembre 2025 signe la disparition du document A4 marron prescrivant un arrêt de travail, remplacé par un formulaire numérique. Quels que soient leurs supports, ils sont nombreux ces « documents » (surface délimitée portant des signes graphiques particuliers) qui nous octroient des droits et/ou du pouvoir : timbre-poste, billets de banque, passeport, diplôme, contrats et certificats en tout genre… Or le fonctionnement de ces objets ne tient qu’à une chose : la confiance. Si celle-ci disparaît, la feuille rectangulaire que l’on comptait échanger contre un bien ou un service passe brusquement de 20 à 0€. Mais comment s’instaure cette confiance ? À quoi se fie-t-on réellement ?
On se réfère évidemment en premier lieu à l’infrastructure (souvent une institution publique) qui émet le document et qui en garantit la valeur. En analysant différents objets, j’essaierai néanmoins de démontrer que leur forme graphique n’est pas étrangère à leur fiabilité et qu’elle participe à instaurer une confiance institutionnelle des usagers envers les organismes émetteurs.

Bio
Louise Wambergue-Gouble est doctorante en design graphique et études visuelles à l’Université de Strasbourg. Elle est membre de l’UR 3402 – ACCRA, dans l’axe Cultures Visuelles. Ses recherches visent à démontrer la relation profonde entre images et confiance, en particulier dans la relation entre une institution et ses usagers. Dans sa thèse, elle prend le cas paradigmatique du billet de banque pour expliciter cette relation et fonder le concept de graphisme fiduciaire. Elle vient de publier « Les formes de la confiance : origines, agencement et fonction de l’iconographie monétaire française », Recherches en PAroles (RPA) n°6, Mons : Éditions du CIPA, 2025, pp. 95‑126, ainsi que « Un « Panthéon de papier » : Qualités spectrales des portraits, des figures féminines et du filigrane dans l’iconographie fiduciaire française (1800-2000) », archifictions n°2, 2025 [en ligne].

 

21 novembre 2025 : Invité.es Josina Vink et Stéphane Vial

Josina Vink
From the Margins to the middle: Shaping social structures

Invitée par Jeanne Sintic

La conférence aura lieu de 14h 30 à 16h30.

Résumé
All too often our public services reinforce disparities in outcomes rather than counteracting them. When they do attempt to combat systemic inequalities, it is often done with a reactionary focus on helping particular individuals. In response, this talk explores how we can collectively reshape service systems to prevent marginalisation before it occurs. How can we redesign the shared norms, rules, roles, values and beliefs within service systems that are contributing to inequitable outcomes? Using concrete examples from within healthcare, welfare and social services in Canada, Sweden and Norway, this presentation will unpack the situated struggles of realising structural change to prevent marginalisation through participatory design processes.

Bio
Josina Vink (they/them) is a design researcher and educator at the Oslo School of Architecture and Design (AHO) in Norway. They have extensive experience working as a service and systemic designer in health and care, including for the Mayo Clinic Center for Innovation in the United States, the Center for Addition and Mental Health in Canada, and Experio Lab in Sweden. Josina currently leads Re:Structure, a four-year participatory design project exploring how to prevent youth marginalisation through structural changes in municipal service systems.

 

Stéphane Vial
Faciliter les parcours de soin en santé mentale grâce au design et à l’innovation sociale et numérique : la plateforme Mentallys

Invité par Thomas Watkin

Résumé
Les parcours de soins en santé mentale sont longs, morcelés, labyrinthiques, et le suivi s’arrête à la fin de chaque épisode de service, sans filet de sécurité ou prévention à long terme. Les délais d’attente sont considérables, la demande de soins est croissante, et de nombreux lieux d’hospitalisation demeurent vétustes et inadaptés. En parallèle, les innovations numériques en santé mentale sont encouragées, mais peu d’entre elles démontrent une efficacité réelle. C’est dans ce contexte qu’a été initiée en 2020 la plateforme Mentallys, co-construite selon un processus intensif et inédit de codesign avec des patients partenaires, des pairs aidants et des professionnels de la santé. Achevée en janvier 2025, après cinq années de recherche et développement menées avec une exigence forte de créativité et des standards élevés de design, Mentallys est une solution numérique d’autosoins et d’accès aux soins qui soutient le rétablissement des personnes aux prises avec des difficultés de santé mentale, et facilite le télésuivi ainsi que la communication entre usagers et professionnels. Cette présentation reviendra sur la démarche de recherche et d’innovation qui a présidé à l’émergence de Mentallys, ses particularités dans le contexte canadien, et inclura une démonstration de la plateforme.

Bio
Stéphane Vial (PhD, HDR) est Professeur titulaire à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal, titulaire de la Chaire Diament en design pour la cybersanté mentale et chercheur en santé mentale numérique au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Il est le fondateur et coordonnateur de Mentallys, une plateforme numérique d’accès aux soins et
de gestion des parcours en santé mentale entièrement financée par des subventions de recherche publique et des dons. Avant d’émigrer au Canada et de s’installer au Québec, Stéphane Vial a été maître de conférences en design à l’Université de Nîmes, où il a co-fondé et dirigé le laboratoire PROJEKT, co-fondé la revue Sciences du Design, co-fondé la liste de diffusion Recherche-Design. Il est l’auteur de plus de cinq livres sur le design et le numérique, incluant L’être et l’écran (Puf, 2013 ; MIT Press, 2019), Le design (Que sais-je ?), Court traité du design (Puf, 2010). Avec son collègue Éric Kavanagh, professeur titulaire à l’École de design de l’Université Laval, il dirige et finalise actuellement le Vocabulaire du design, le premier et le plus grand dictionnaire spécialisé du design en langue française, qui couvre plus de 300 termes et rassemble plus 100 auteurs et autrices, à paraître en 2026 aux Presses universitaires de France.

 

12 décembre 2025 : Invitées Magali Roumy Akue et Émeline Roy

La conférence aura lieu de 14h30 à 16h30, dans la salle H102 du site Hoche et pourra également être suivie en distanciel par ce lien Teams.

Magali Roumy Akue
Cultiv’@cteurs : comment repenser les environnements de formation en agriculture ?

Invitée par Christophe Moineau et Émeline Roy

Résumé
Roumy Akue Magali, Université de Paris-Est-Créteil, Laboratoire UPEC, magali.roumyakue@u-pec.fr
Loffreda Magali, Ministère de l’Agriculture, magali.loereda@educagri.fr ;
magali.loEreda@gmail.com
Kummer-Hannoun Pascale, Université de Paris Cité, Laboratoire EDA et Sorbonne
Université, UFR ingénierie, pascale.hannoun@parisdescartes.fr
Cultiv’@cteurs : comment repenser les environnements de formation en agriculture ?

Proposition :
Face aux défis de l’anthropocène et de l’anthropisation (Descola, 2015), la formation agricole nécessite une articulation renforcée entre savoirs théoriques et pratiques professionnelles afin que les futurs professionnels puissent conduire la transition vers une agriculture adaptée aux limites planétaires. Il est souhaitable que les apprenants acquièrent de solides connaissances sur les plantes et leur environnement et soient dans une dynamique d’apprentissage et de collaboration entre pairs pour pouvoir faire évoluer leurs pratiques à court, moyen et long terme.
La recherche-projet Cultiv’@cteurs, menée dans un Agrocampus, étudie le potentiel médiateur de la signalétique pour faciliter ces apprentissages. Au-delà, elle repense la fonction du Centre de Documentation et d’Information en formulant l’hypothèse que l’adoption de logiques de tiers-lieu permettrait de modifier ses attributions, transformer sa perception par la communauté éducative et enrayer sa désertion. Notre cadre théorique articule trois approches complémentaires : en design, notre démarche par la recherche-projet (Findeli, 2005) permet de penser la matérialisation située de ces médiations et les changements individuels et collectifs qu’elles suscitent. Elle s’inspire des travaux de Manzini (2015) et de son modèle SLOC, considérant que nos actions sont susceptibles de servir de modèles reproductibles dans d’autres territoires. Concernant la signalétique, nous nous appuyons sur les réflexions de Ruedi Baur (2010) et son concept de système fécond, qui conçoit la signalétique dans sa dimension située.
En sciences de l’éducation, les travaux de Fernagu (2022 ; 2023) sur les environnements capacitants permettent d’analyser comment l’organisation des espaces soutient l’apprentissage.
En sciences de l’information et de la communication, les concepts d’objet-frontière et d’infrastructure (Trompette et Vinck, 2009 ; Star et Bowker, 2023) éclairent le rôle médiateur que peut jouer la signalétique en devenant interface entre les différents systèmes de classification présents sur notre terrain. Ces trois approches convergent par leur vision des interactions entre acteurs et dispositifs et agentivité des acteurs.
Une première phase ethnographique du travail a mis en évidence les tensions entre différents systèmes de classification qui entravent l’accès aux ressources (Roumy Akue et Loffreda, 2024). La seconde phase engage une démarche de co-conception d’une signalétique didactisée, structurée autour des cycles saisonniers du végétal, qui transforme le CDI en espace d’apprentissage actif où les apprenants peuvent relier observations de terrain, temporalités agricoles et ressources documentaires, développant ainsi leur autonomie dans la construction des connaissances.

Mots-clés : design ; tiers-lieu ; environnement capacitant, objet-frontière, formation agricole, co-conception

Bibliographie :
Baur, R. (2010). Intégral, Anticiper, Questionner, Traduire, Irriter, Distinguer, Orienter, Inscrire, Lars Müller.
Bowker, G. C., & Star, S. L. (2023). Arranger les choses. Des conséquences de la classification. EHESS.
Cuvelier, L., & Fernagu, S. (2023). Sujets capables et environnements capacitants. TransFormations-Recherches en Education et Formation des Adultes, (25), 130-147.
Descola, P. (2015). Humain, trop humain, Esprit, (12), 8-22.
Fernagu, S. (2022). L’approche par les capabilités dans le champ du travail et de la formation : vers une définition des environnements capacitants ? Travail et Apprentissages, 23(1), 40-69.
Findeli, A. (2005). La recherche-projet : une méthode pour la recherche en design. Dans R. Michel (Dir.), Erstes Designforschungssymposium, Zurich, SwissDesignNetwork 2005 (p.40-51). SwissDesignNetwork.
Roumy Akue, M. et Loffreda, M. (2024). For an open, inclusive and empowering Documentation and Information Center: rethinking the circulation of resources within a school, a case study of an agricultural high school library. In 17th IARTEM Conference Paris, 28-31 May 2024.
Trompette, P., & Vinck, D. (2009). Retour sur la notion d’objet-frontière. Revue d’anthropologie des connaissances, 3(3-1).

Bio
Magali Roumy Akue est maître de conférences en design à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), où elle enseigne au département Métiers du Multimédia et de l’Internet de l’IUT de Sénart-Fontainebleau. Elle est membre du laboratoire CÉDITEC.
Ses domaines de recherche concernent le renouvellement des ressources éducatives en design et les pratiques de veille. Ses travaux interrogent également la médiation par les représentations visuelles et la circulation des savoirs dans les environnements de formation et de soin.

Quelques publications :

  • Akue, M. R. (2025). Faire «faire autrement» inscrire le projet à la jonction entre enjeux de design, professionnels, pédagogiques et académiques. In Faire, encore. Conférence Art Design Recherche (AD• REC) 2025.
  • Roumy Akue, M. (2022). La veille des enseignants en design au service d’un décentrement réitéré : l’identification des changements et le renouvellement des ressources pour l’enseignement du design. Sciences du design, 2022/1. https://www.cairn.info/revue-sciences-du-design-2022-1-page-92.htm
  • Roumy Akue, M. (2021). Environmental scanning in higher education: Use of digital sources for the renewal and updating of design project teaching resources. IARTEM e-journal, 12(2). https://doi.org/10.21344/iartem.v12i2.811
  • Roumy Akue, M. (2019). Renewal of design teacher resources by the practice of environmental scanning. Proceedings of the International Conference on Engineering Design (ICED19), Delft, The Netherlands. https://doi.org/10.1017/dsi.2019.60

Magali Loffreda est professeure-documentaliste dans l’enseignement agricole et docteure en sciences de l’éducation et didactique de l’ENS Paris-Saclay. Ses travaux de recherche ont porté sur l’organisation des ressources éducatives par les enseignants.

Pascale Kummer-Hannoun est enseignante-chercheure en mécanique à Sorbonne Université. Sa recherche au laboratoire EDA de l’université Paris Cité, concerne la didactique des sciences. Ses questions sont centrées sur les pratiques enseignantes dans différents contextes et en particulier sur le travail réalisé avec les ressources.

 

Emeline ROY
Le mémoire en design comme objet réflexif et pédagogique : entre prescription institutionnelle et pratique située

Invitée par Christophe Moineau

Résumé
Depuis la création du Diplôme national des métiers d’art et du design (DNMADe) en 2018, le mémoire est devenu un élément central de la formation en design dans l’enseignement supérieur professionnel français. Conçu comme une « production éditoriale de réflexion et d’analyse liée à la pratique créative », il incarne la tension entre prescription institutionnelle et appropriation locale. S’appuyant sur une recherche qualitative en cours portant sur des mémoires issus de cinq mentions de DNMADe, cette intervention met en avant la manière dont l’écriture et la composition visuelle fonctionnent comme médiateurs réflexifs au sein de la pédagogie du design. Le mémoire est ici envisagé à la fois comme objet dans, de et par le design : un artefact matériel régi par des logiques éditoriales et visuelles ; un lieu où la pratique devient objet d’analyse ; et un dispositif heuristique favorisant la production de nouveaux savoirs à travers l’écriture et la conception. Ces trois modalités montrent que le mémoire agit tout à la fois comme outil d’évaluation et comme laboratoire pédagogique d’articulation des savoirs issus de la pratique. En examinant la manière dont les étudiants et les collectifs enseignants réinterprètent cette exigence curriculaire, ce travail met en évidence le mémoire comme espace hybride de professionnalisation et de construction de sens. Au-delà de sa fonction évaluative, il devient un lieu où se rencontrent réflexivité, posture d’auteur et identité disciplinaire, éclairant la manière dont la formation en design construit des praticiens réflexifs dans l’enseignement supérieur professionnel.

Bio
Émeline Roy est maîtresse de conférences en sciences de l’éducation (CNU 70e section), qualifiée également en section 18 (Arts). Elle enseigne à l’INSPE d’Aix-Marseille Université et mène ses recherches au sein du laboratoire ADEF (UR 4671). Depuis 2025, elle est également membre associée du laboratoire PROJEKT (EA 7447) de l’Université de Nîmes. Ses recherches portent sur les didactiques du design et des arts appliqués, avec une attention particulière aux formations de la voie professionnelle et technologique, ainsi qu’aux filières de l’enseignement supérieur en design (DNMADE, DSAA, masters). Elle s’intéresse aux manières dont les pratiques de projet constituent des vecteurs de créativité, de réflexivité et de compétences transformatives, en articulant des enjeux pédagogiques, sociaux et curriculaires.

 

23 janvier 2026 : Invitée Barabara Peccei Szaniecki

Barbara Szaniecki
Design & Anthropologie : espace transdisciplinaire pour la recherche en design

Invitée par Elodie Alexander

Résumé
Présentation du Laboratoire de Design et Anthropologie de l’École Supérieure de Dessin Industriel de l’Université de l’État de Rio de Janeiro :
Groupe de recherche certifié par le CNPq, le Laboratoire de Design et d’Anthropologie (LaDA) étudie les possibilités théoriques et méthodologiques de conjuguer les modes de production de connaissances propres au design et à l’anthropologie, tous deux considérés comme des sciences sociales. Membre du Research Network for Design Anthropology, réseau international qui rassemble des chercheurs dans le domaine de l’anthropologie du design, le LaDA s’inscrit dans le champ émergent de la connaissance qui se configure dans l’espace transdisciplinaire entre les deux domaines, l’anthropologie et le design. Le Lada est coordonné par Barbara Szaniecki et Zoy Anastassakis, le laboratoire accueille étudiants en master et doctorat :
https://www.esdi.uerj.br/ppdesdi/organizacoes-de-pesquisa/4876/lada-laboratorio-de-design-e-antropologia
https://www.esdi.uerj.br/noticias/@id/7449
https://www.esdi.uerj.br/assets/1b5012cf3dc0b4b45b72cecc1b206992/4ce0238f375e45718433de62f846a24e.pdf
https://www.youtube.com/c/ladaesdi

Bio
Professeure à l’École Supérieure de Design Industriel de l’Université d’État de Rio de Janeiro. Titulaire d’un diplôme en communication visuelle de l’ENSAD (École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) (1994), d’un master (2005) et d’un doctorat (2010) en design de la PUC-Rio. Co-coordinatrice adjointe (2018-2021) et coordinatrice (2021-2023) de l’École Doctorale en Design (PPDEsdi) de l’Esdi/UERJ. Forte d’une vaste expérience pratique dans le domaine du design graphique, ses recherches portent principalement sur les relations entre le design graphique et des concepts politiques tels que : multitde, pouvoir et puissance, manifestation et représentation. Elle a mené des recherches postdoctorales intitulées « Technologies numériques et authenticité : le statut de l’image photographique dans le langage visuel contemporain » à l’ESDI de l’UERJ et « Images pour des résurgences de la T(t)terre : terrestre, territoires et terraforming » à la Plateforme Art, Design et Société de l’EnsadLab, laboratoire de recherche en design de l’ENSAD / École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, Paris, de 2023 à 2024. Elle est Procientista (scientifique du Programme d’encouragement à la production scientifique, technique et artistique PROCIÊNCIA) de l’Université d’État de Rio de Janeiro (UERJ), Cientista do Nosso Estado (CNE) de la Fondation d’aide à la recherche de l’État de Rio de Janeiro (FAPERJ) et chercheuse du CNPq (PQ). Elle est coéditrice des revues Lugar Comum – estudos de mídia, comunicação e cultura (Universidade Nômade, Rio de Janeiro), Multitudes – revue politique, philosophique et artistique (Paris) et Sciences du Design (Paris). Elle est l’auteure des livres Estética da Multidão (éditions Civilização Brasileira, 2007), Disforme Contemporâneo e Design Encarnado: Outros Monstros Possíveis (éditions Annablume, 2014), O Making da Metrópole: Rios, Ritmos e Algoritmos (avec Giuseppe Cocco) (éditions RioBooks, 2021) et Uma Floresta de Imagens – Por um Reflorestamento dos Imaginários Políticos (éditions RioBooks, 2025).

 

20 février 2026 : invitées Estelle Chaillat et Delphine Hyvrier

Estelle Chaillat
La pratique visuelle des scientifiques dans l’analyse de données en virologie

Invitée par Amine Touzani

Résumé
Que permettent de faire les images et que nous font-elles faire lorsqu’on les mobilise en activité ? C’est la question que s’est posé ce travail de thèse, dans le cadre de la pratique de laboratoire en virologie, en envisageant les images comme des formats de médiation.

En effet, en laboratoire, les scientifiques mobilisent des formats graphiques qui leur permettent de déceler ce que leurs données ont à leur dire. Or ce sens n’est pas donné : il est obtenu au travers d’une médiation activement réalisée par l’interaction des scientifiques avec leurs visuels.

Il s’agissait donc de pouvoir « (…) étudier la médiation comme un phénomène pratique d’interaction entre les dimensions matérielles, affectives, sensorielles, perceptuelles et procédurales d’une activité ». Pour étudier finement l’activité d’analyse, d’un point de vue diachronique et synchronique, à la fois au niveau du vécu du scientifique et au niveau du champ sémiotique des images, la thèse a dû mobiliser une diversité de disciplines.

Tout d’abord, les disciplines des études visuelles de science et des études de sciences et technologies, héritières des études sociologiques de la connaissance scientifique, ont été convoquées comme dispositif narratif de mise en contexte et de légitimation. Ensuite, des disciplines qui ont développé des méthodes informées par la théorie pour étudier l’activité se faisant ont été mobilisées : la psychophénoménologie, l’analyse conversationnelle et des ouvrages interdisciplinaires mêlant sémiotique et neurosciences ont servi de socle pour développer une méthodologie hybride.

Le design comme projet s’est incarné dans la conception d’un dispositif permettant d’analyser ensemble des observations terrains et des entretiens d’explicitation. Un format éditorial de mise en commun des matériaux récoltés et une typographie de transcription procédurale, centrée sur les unités d’action, ont permis d’analyser le déroulé multimodal de l’activité.

Les conclusions de ce travail de thèse ouvrent vers des questionnements concernant les formats visuels opérationnels, qui font l’objet de recherches émergentes nécessairement inter ou pluridisciplinaires.

Bio
Estelle Chaillat est designer-graphique, chargée de médiation scientifique et docteur en design. Son travail de recherche s’intéresse à la relation phénoménologique entre les formats graphiques et les êtres humains : elle se demande de quelle(s) façon(s) les visuels participent au déroulé d’une activité et les envisage comme des objets opérationnels. En thèse, c’est dans le milieu de la biologie qu’elle explore cette dimension, tandis qu’en tant que chargée de médiation scientifique sa pratique de designer lui permet d’explorer l’interdisciplinarité du laboratoire de recherche pour lequel elle travaille, de questionner des concepts et d’explorer des projets.

 

Delphine Hyvrier

Invitée par Béatrice Gisclard

Résumé
En une génération, au milieu du XXe siècle, les populations vivant sur le territoire français sont passées de modes de vie fondés sur la subsistance et l’interdépendance avec leurs milieux à un mode de vie dit « moderne », reposant sur l’industrialisation extractiviste et aujourd’hui identifié comme l’un des facteurs majeurs de l’épuisement des ressources planétaires. Le design et l’architecture modernes ont joué un rôle central dans ce processus de création de ce mode de vie hors-sol, mené au nom du « développement » et du « progrès ».

À rebours des approches productives ou solutionnistes habituellement associées au design, cette thèse en recherche-création propose une démarche d’introspection critique en associant des méthodes sciences humaines et sociales, notamment des humanités environnementales à une démarche artistique. À partir de l’étude de la modernisation radicale des milieux de vie de deux communautés paysannes dans les années 1950-1960, elle interroge les méthodes des aménageurs (architectes, urbanistes, designers, ingénieurs) depuis la perspective des modernisé.e.s, de leurs territoires et savoirs historiquement considérés comme marginaux. En confrontant entretiens, recherches en archives, mémoires d’architectes et designers, l’objectif était de reconstituer une narration de ces projets prenant en compte l’effacement des savoirs populaires, les rapports de force entre groupes sociaux et le dépassement des limites écologiques jusque-là existantes. Le recours à ces pratiques d’enquête de terrain permet d’interroger le contexte historique et social ayant permis d’attribuer au design une capacité supposée d’amélioration du monde tout en portant des processus d’amnésie culturelle et d’écocide.

Bio
Delphine Hyvrier est docteure en arts avec un travail de recherche création en Arts industriels, à l’Université Jean Monnet et à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne (ESADSE) et est artiste. Son travail porte sur des lieux où la notion de « nature » n’est pas consensuelle et met à jour des fractures sociales, des enjeux de pouvoir. Elle s’intéresse particulièrement à la transmission de cultures écologiques populaires.

 

19 et 20 mars 2026 : Journées membres permanent.es Projekt

 

24 avril 2026 : Invitées Clizia Moradei et Giorgia Curtabbi

Clizia Moradei
The Research-project paradigm: back and forths in the definition of an Interspecies Fashion

Invitée par Michela Deni

Résumé
The seminar will attempt to re-trace and externalise the actants’ roles, the epistemological criteria, and the process sequences behind the PhD research in fashion design entitled Interspecies fashion. Fungi and practices of re-enchantment (2025). It will also highlight its prospective approach in terms of both the scenario and methodological practices proposed. 

The research premise is that in the current context of ecological crisis, fungi represent a metaphor for the possibility of destruction and reconstruction, inspiring more sustainable and collaborative practices. Interest in fungi has been steadily growing since 2019, as evidenced by their increasing influence in cultural, literary, industrial debates, and in the visual imagination, through the phenomenon known as the “Mushroom boom ». This phenomenon also intersects with the fashion world, sparking an exploration of the material and immaterial implications of the relationship between fungi and fashion, to develop the concept of interspecies fashion.

Situated within the field of vitalist new materialism, with particular reference to the work of Jane Bennett, the research hypothesis is structured on three levels — objectual, processual, and metaphorical — each triggering mechanisms of re-enchantment in different ways, opening to new metalanguages. From a prospective point of view, the research explores how to translate these reflections into interspecies and collaborative design methods that can overturn the traditional paradigm of research-design-product, often individual. By fostering a dialogue between cultural sustainability and material culture the research thus suggests an unedited more inclusive design attitude.


Bio
Clizia Moradei, PhD, is post-doc researcher in design and adjunct professor in Critical Fashion Practices at Università Iuav di Venezia. She is also adjunct professor in Visual Research for design at ISIA Firenze. In 2023 she was awarded the Stockholm Prize for sustainable fashion by the Italian Ministry of Culture and Foreign Affairs, and the Italian Cultural Institute in Stockholm.

Her research themes include sustainable fashion practices and methodologies with a theoretical focus on new materialities and ecologies; a critical and integrated educational approach to fashion design, product design, and visual arts; and the relationship between craftivism and industrial production. Touching some of these themes, she published among others the chapter «Ecological Crisis and Fashion Design Education: A Plant Metaphor» in Technology, Sustainability and the Fashion Industry. Can Fashion Save the World? edited by Routledge in 2024, and the book Moda interspecie. Funghi e pratiche di reincanto (2025) with Postmedia Books.

 

Giorgia Curtabbi
Systématiser un domaine émergent : réflexion épistémologique sur une thèse en design des politiques publiques, entre circulation des savoirs et bricolage méthodologique

Invitée par Michela Deni

Résumé
Cette intervention propose la relecture d’une recherche doctorale consacrée au design des politiques publiques à la lumière des réflexions épistémologiques sur la recherche-projet en design. Il s’agira de mettre en évidence le caractère sui generis de cette expérience de recherche, ainsi que sa nature profondément itérative et circulaire.

L’objectif de la thèse était de contribuer à la systématisation des connaissances dans un domaine émergent, fragmenté et sémantiquement instable : le design for policy. Ce travail de recherche interroge les pratiques, les modèles et les conditions d’efficacité de l’intégration du design dans les processus de policy-making. Dans cette perspective, la recherche s’est configurée principalement comme une recherche about design, tout en mobilisant de manière substantielle des modalités through design (et, plus marginalement, for design), en référence notamment aux travaux d’Alain Findeli ainsi qu’à ceux de Lois Frankel et Martin Racine. La pratique de projet, l’étude de cas et les expériences de terrain ont ainsi été mobilisées comme dispositifs d’exploration et de production de connaissances.

Le séminaire reviendra sur le parcours doctoral en montrant qu’il ne s’est pas déroulé de manière linéaire, mais selon un mouvement constant de rétroaction entre recherche desk (revue systématique de la littérature, analyse critique des contributions disciplinaires, cartographie conceptuelle) et recherche de terrain (études de cas, observation, entretiens semi-directifs, observation participante et participation observante). Les résultats issus de ces deux registres se sont mutuellement nourris entraînant une évolution progressive — loin d’être stable — de la question de recherche, ainsi qu’une reformulation continue des réponses apportées. La circularité entre théorie et pratique ne relève donc pas seulement d’un choix méthodologique, mais d’une nécessité épistémologique imposée par l’objet étudié.

Un enjeu central a concerné la question du lexique et de la désambiguïsation à plusieurs niveaux. Le design des politiques publiques se présente comme un domaine hybride, traversé par des termes polysémiques et par des superpositions entre traditions disciplinaires distinctes — notamment, celles du Design et des Sciences Politiques. La recherche a ainsi exigé un travail systématique de clarification conceptuelle et d’organisation des connaissances, en mobilisant des apports issus des sciences de l’organisation des connaissances, de l’anthropologie, ainsi que des cadres interprétatifs tels que la théorie du changement, afin de mieux comprendre les dynamiques institutionnelles et les processus de transformation à l’œuvre dans les pratiques observées.

Sur le plan méthodologique, le parcours peut être décrit comme un véritable « bricolage » — que Joyce Yee et Craig Bremner qualifient en tant que « paradigme de la recherche en design » — où les outils et les approches ont été sélectionnés et combinés au gré de l’évolution de la question de recherche. L’orientation a été principalement qualitative et multiméthodes, articulant induction et déduction : l’analyse de la littérature a orienté l’enquête empirique, tandis que les résultats du terrain ont mis en tension et ont reformulé les catégories théoriques.

Bien que la proposition méta-projectuelle constituant l’aboutissement de la thèse n’ait pas pu être validée empiriquement, elle se présente comme l’élaboration d’un scénario de transformation attendu : un dispositif interprétatif et prospectif intégrant les connaissances produites et proposant une possible évolution du domaine — voire, là où celui-ci demeure encore inexploré, une condition de son affirmation à travers une réorganisation intentionnelle des savoirs relatifs au design des politiques publiques.

À travers ce retour d’expérience, l’intervention entend montrer qu’une thèse apparemment plus « de recherche » que « de projet » reste néanmoins profondément ancrée dans l’épistémologie du design : une recherche orientée vers la transformation, fondée sur la construction progressive du problème et sur une négociation constante entre savoirs, pratiques et contextes. Le parcours doctoral présenté constituera ainsi un cas exemplaire pour réfléchir aux spécificités de la recherche en design lorsqu’elle se confronte à des objets complexes, émergents et caractérisés par une forte fragmentation cognitive — tels que le design des politiques publiques, thématique aujourd’hui centrale dans le débat international en matière de design et particulièrement pertinente pour les parcours d’étude et recherche propres au Master DIS et au laboratoire PROJEKT au sein de l’Université de Nîmes.

Bio
Giorgia Curtabbi est chercheuse post-doc au Département d’Architecture et Design du Politecnico de Turin (Italie), elle travaille au sein d’un groupe de recherche en design pour l’impact social et contribue à un projet européen Erasmus+ dédié au développement d’un programme de formation innovant en co-design pour l’inclusion sociale.

Docteure en Management, Production and Design, elle a consacré sa thèse à la systématisation des connaissances en design des politiques publiques, en proposant un cadre structurant qui vise à favoriser la collaboration entre designers et professionnels de l’action publique, ainsi qu’à soutenir la formation de futurs designers for policy.

Au cours de son doctorat, elle a effectué un séjour de recherche de quatre mois à La 27e Région (Paris), expérience déterminante qui lui a permis d’approfondir l’état de l’art du domaine et d’explorer l’écosystème français du design des politiques publiques. Elle y a conduit une enquête qualitative par entretiens auprès de praticiens du design des politiques publiques, faisant émerger le rôle de la formation orientée vers ce domaine professionnel ; c’est à partir de cette thématique qu’elle a engagé un dialogue avec Michela Deni, également rapporteure de sa thèse.


22 mai 2026
: Invités Enrico Barbetti et Emile De Visscher

Enrico Barbetti
Pratiques de médiation muséale. Un cadre épistémologique pour structurer un dialogue interdisciplinaire entre conception, sémiotique et sciences de l’éducation.

Invité par Michela Deni et Alessandro Zinna

Résumé
Afin d’intervenir sur les pratiques de médiation muséale, comment pouvons-nous construire un dialogue interdisciplinaire entre la sémiotique et les sciences de l’éducation, capable de valoriser réciproquement les objectifs, les méthodes et les compétences ? Cette question a orienté nos travaux de recherche doctorale menés entre 2019 et 2023 et constitue le point de départ de l’intervention proposée. 

L’objectif est de problématiser les conditions de possibilité d’une relation structurée entre une discipline à vocation principalement descriptive, telle que la sémiotique, et des domaines orientés vers la conception et la transformation des contextes sociaux, tels que les sciences de l’éducation et le design. L’accent est mis en particulier sur la recherche-formation en tant que dispositif de conception éducative : une approche orientée vers la transformation des contextes sociaux à travers la formation permanente des personnes impliquées dans la recherche.

En absence d’échanges réciproques, le risque est de réduire la relation à une approche purement cross-disciplinaire, dans laquelle la sémiotique est utilisée comme un réservoir théorique à partir duquel on extrait des concepts utiles à la pratique pédagogique, sans véritable confrontation avec l’appareil épistémologique et méthodologique de la recherche en éducation. Une telle réduction représenterait une occasion manquée : certaines épistémologies orientées vers le changement, propres à des traditions spécifiques de la recherche éducative, peuvent en effet offrir des outils scientifiques et opérationnels utiles pour soutenir une sémiotique didactique maïeutique – comme le souhaitait déjà Greimas en 1979 – qui ne se limite pas à la description, mais qui est également capable de contribuer à la conception.

Partant de ces prémisses, nous proposons de considérer “l’architecture à niveaux et à anneaux de connexion” esquissée par Paolo Fabbri dans La Svolta Semiotica comme une carte utile pour structurer un dialogue interdisciplinaire à plusieurs niveaux avec des disciplines telles que la pédagogie et le design, en favorisant les connexions entre des plans homologues et entre les différents niveaux.

Ces réflexions épistémiques seront également présentées à travers un cas de recherche-formation mené entre les éducateurs du musée de la Pinacothèque de Brera et les enseignants d’un lycée milanais. À partir du double niveau de conception – d’une part, la conception de l’intervention de recherche-formation, d’autre part, la co-conception, confiée aux enseignants et aux éducateurs, d’activités didactiques conjointes – nous entendons problématiser non seulement les possibilités d’échange disciplinaire, mais aussi les différents rôles actantiels assumés, tour à tour, par le chercheur-sémioticien et les professionnels de l’éducation impliqués. Ce cas permettra donc de montrer comment les différentes compétences disciplinaires peuvent être mobilisées dans des phases de conception, d’analyse et de restitution, dans un contexte de recherche orienté vers la conception d’un changement concret dans les contextes sociaux.

Bio
Enrico Barbetti est professeur contractuel à l’Université Mercatorum (université numérique) en Sémiotique générale, Sémiotique des médias et Sémiotique des réseaux sociaux et du web. Ses intérêts en matière d’études et de recherche se concentrent sur trois domaines disciplinaires : les arts visuels, l’éducation muséale et la sémiotique. Il est diplômé en histoire de l’art de l’université Ca’ Foscari à Venise avec un mémoire sur la didactique visuelle du Bauhaus et du Black Mountain College et a travaillé comme éducateur muséal dans plusieurs institutions vénitiennes, telles que la Peggy Guggenheim Collection et Palazzo Grassi – Punta della Dogana. Il a obtenu son doctorat à l’université de Modena et Reggio Emilia en Reggio Childhood Studies, avec une thèse sur la sociosémiotique et l’éducation à l’interprétation. Il a récemment terminé un post-doc à UniMoRe dans le cadre du projet MappingRe, qui visait à cartographier la perception de la ville de Reggio Emilia à travers des récits numériques. Dans ce projet, il s’est principalement occupé de l’analyse sémiotique des images numériques publiées par les utilisateurs en relation avec les lieux les plus importants de la ville.

 

Emile De Visscher

Invité par Brigitte Auziol

 

19 juin 2026 : Invitée Marine Royer