
le 24 avril 2026 à Nîmes Université
Afin de continuer notre réflexion sur l’épistémologie et la méthodologie dans les thèses en design, au Séminaire DEIS de vendredi 24 avril, de 14h30 à 16h30, dans la salle 119, site Hoche de Nîmes Université, nous aurons le plaisir de recevoir Clizia Moradei (IUAV Venise) et Giorgia Curtabbi (Polytechnique Turin).
Clizia Moradei interviendra sur The Research-project paradigm: back and forths in the definition of an Interspecies Fashion
La conférence de Giorgia Curtabbi portera sur Systématiser un domaine émergent : réflexion épistémologique sur une thèse en design des politiques publiques, entre circulation des savoirs et bricolage méthodologique
Vous trouverez en bas les résumés des conférences et la présentation des intervenantes.
La séance du séminaire sera également accessible en ligne par ce lien :
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Clizia Moradei
The Research-project paradigm: back and forths in the definition of an Interspecies Fashion
Résumé
The seminar will attempt to re-trace and externalise the actants’ roles, the epistemological criteria, and the process sequences behind the PhD research in fashion design entitled Interspecies fashion. Fungi and practices of re-enchantment (2025). It will also highlight its prospective approach in terms of both the scenario and methodological practices proposed.
The research premise is that in the current context of ecological crisis, fungi represent a metaphor for the possibility of destruction and reconstruction, inspiring more sustainable and collaborative practices. Interest in fungi has been steadily growing since 2019, as evidenced by their increasing influence in cultural, literary, industrial debates, and in the visual imagination, through the phenomenon known as the “Mushroom boom ». This phenomenon also intersects with the fashion world, sparking an exploration of the material and immaterial implications of the relationship between fungi and fashion, to develop the concept of interspecies fashion.
Situated within the field of vitalist new materialism, with particular reference to the work of Jane Bennett, the research hypothesis is structured on three levels — objectual, processual, and metaphorical — each triggering mechanisms of re-enchantment in different ways, opening to new metalanguages. From a prospective point of view, the research explores how to translate these reflections into interspecies and collaborative design methods that can overturn the traditional paradigm of research-design-product, often individual. By fostering a dialogue between cultural sustainability and material culture the research thus suggests an unedited more inclusive design attitude.
Bio
Clizia Moradei, PhD, is post-doc researcher in design and adjunct professor in Critical Fashion Practices at Università Iuav di Venezia. She is also adjunct professor in Visual Research for design at ISIA Firenze. In 2023 she was awarded the Stockholm Prize for sustainable fashion by the Italian Ministry of Culture and Foreign Affairs, and the Italian Cultural Institute in Stockholm.
Her research themes include sustainable fashion practices and methodologies with a theoretical focus on new materialities and ecologies; a critical and integrated educational approach to fashion design, product design, and visual arts; and the relationship between craftivism and industrial production. Touching some of these themes, she published among others the chapter «Ecological Crisis and Fashion Design Education: A Plant Metaphor» in Technology, Sustainability and the Fashion Industry. Can Fashion Save the World? edited by Routledge in 2024, and the book Moda interspecie. Funghi e pratiche di reincanto (2025) with Postmedia Books.
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Giorgia Curtabbi
Systématiser un domaine émergent : réflexion épistémologique sur une thèse en design des politiques publiques, entre circulation des savoirs et bricolage méthodologique
Résumé
Cette intervention propose la relecture d’une recherche doctorale consacrée au design des politiques publiques à la lumière des réflexions épistémologiques sur la recherche-projet en design. Il s’agira de mettre en évidence le caractère sui generis de cette expérience de recherche, ainsi que sa nature profondément itérative et circulaire.
L’objectif de la thèse était de contribuer à la systématisation des connaissances dans un domaine émergent, fragmenté et sémantiquement instable : le design for policy. Ce travail de recherche interroge les pratiques, les modèles et les conditions d’efficacité de l’intégration du design dans les processus de policy-making. Dans cette perspective, la recherche s’est configurée principalement comme une recherche about design, tout en mobilisant de manière substantielle des modalités through design (et, plus marginalement, for design), en référence notamment aux travaux d’Alain Findeli ainsi qu’à ceux de Lois Frankel et Martin Racine. La pratique de projet, l’étude de cas et les expériences de terrain ont ainsi été mobilisées comme dispositifs d’exploration et de production de connaissances.
Le séminaire reviendra sur le parcours doctoral en montrant qu’il ne s’est pas déroulé de manière linéaire, mais selon un mouvement constant de rétroaction entre recherche desk (revue systématique de la littérature, analyse critique des contributions disciplinaires, cartographie conceptuelle) et recherche de terrain (études de cas, observation, entretiens semi-directifs, observation participante et participation observante). Les résultats issus de ces deux registres se sont mutuellement nourris entraînant une évolution progressive — loin d’être stable — de la question de recherche, ainsi qu’une reformulation continue des réponses apportées. La circularité entre théorie et pratique ne relève donc pas seulement d’un choix méthodologique, mais d’une nécessité épistémologique imposée par l’objet étudié.
Un enjeu central a concerné la question du lexique et de la désambiguïsation à plusieurs niveaux. Le design des politiques publiques se présente comme un domaine hybride, traversé par des termes polysémiques et par des superpositions entre traditions disciplinaires distinctes — notamment, celles du Design et des Sciences Politiques. La recherche a ainsi exigé un travail systématique de clarification conceptuelle et d’organisation des connaissances, en mobilisant des apports issus des sciences de l’organisation des connaissances, de l’anthropologie, ainsi que des cadres interprétatifs tels que la théorie du changement, afin de mieux comprendre les dynamiques institutionnelles et les processus de transformation à l’œuvre dans les pratiques observées.
Sur le plan méthodologique, le parcours peut être décrit comme un véritable « bricolage » — que Joyce Yee et Craig Bremner qualifient en tant que « paradigme de la recherche en design » — où les outils et les approches ont été sélectionnés et combinés au gré de l’évolution de la question de recherche. L’orientation a été principalement qualitative et multiméthodes, articulant induction et déduction : l’analyse de la littérature a orienté l’enquête empirique, tandis que les résultats du terrain ont mis en tension et ont reformulé les catégories théoriques.
Bien que la proposition méta-projectuelle constituant l’aboutissement de la thèse n’ait pas pu être validée empiriquement, elle se présente comme l’élaboration d’un scénario de transformation attendu : un dispositif interprétatif et prospectif intégrant les connaissances produites et proposant une possible évolution du domaine — voire, là où celui-ci demeure encore inexploré, une condition de son affirmation à travers une réorganisation intentionnelle des savoirs relatifs au design des politiques publiques.
À travers ce retour d’expérience, l’intervention entend montrer qu’une thèse apparemment plus « de recherche » que « de projet » reste néanmoins profondément ancrée dans l’épistémologie du design : une recherche orientée vers la transformation, fondée sur la construction progressive du problème et sur une négociation constante entre savoirs, pratiques et contextes. Le parcours doctoral présenté constituera ainsi un cas exemplaire pour réfléchir aux spécificités de la recherche en design lorsqu’elle se confronte à des objets complexes, émergents et caractérisés par une forte fragmentation cognitive — tels que le design des politiques publiques, thématique aujourd’hui centrale dans le débat international en matière de design et particulièrement pertinente pour les parcours d’étude et recherche propres au Master DIS et au laboratoire PROJEKT au sein de l’Université de Nîmes.
Bio
Giorgia Curtabbi est chercheuse post-doc au Département d’Architecture et Design du Politecnico de Turin (Italie), elle travaille au sein d’un groupe de recherche en design pour l’impact social et contribue à un projet européen Erasmus+ dédié au développement d’un programme de formation innovant en co-design pour l’inclusion sociale.
Docteure en Management, Production and Design, elle a consacré sa thèse à la systématisation des connaissances en design des politiques publiques, en proposant un cadre structurant qui vise à favoriser la collaboration entre designers et professionnels de l’action publique, ainsi qu’à soutenir la formation de futurs designers for policy.
Au cours de son doctorat, elle a effectué un séjour de recherche de quatre mois à La 27e Région (Paris), expérience déterminante qui lui a permis d’approfondir l’état de l’art du domaine et d’explorer l’écosystème français du design des politiques publiques. Elle y a conduit une enquête qualitative par entretiens auprès de praticiens du design des politiques publiques, faisant émerger le rôle de la formation orientée vers ce domaine professionnel ; c’est à partir de cette thématique qu’elle a engagé un dialogue avec Michela Deni, également rapporteure de sa thèse.
