
de 14h30 à 16h30 sur le site Hoche de Nîmes Université
Le Design de procédés : recherche par la pratique, technologies alternatives et écologies matérielles.
Emile De Visscher
Invitée par Brigitte Auziol et Lucile Haute
Résumé
La recherche par la pratique pose la question des articulations entre expérimentations et propositions théoriques, ainsi que de ses modalités d’évaluation et de diffusion – mais peut-être avant tout de répondre à la question suivante : quelles formes de connaissances ne sont accessibles qu’à des designers praticiens ? Ou dit autrement, qu’est-ce que les designers peuvent mettre à jour, qui pourraient se révéler utiles à d’autres disciplines et à la société ?
Engagé dans une recherche sur les procédés de fabrication et les matériaux, Emile De Visscher explore les manières de questionner l’inéluctabilité du développement technique, supposément cumulatif, par l’ouverture radicale des manières de penser et faire de nouvelles technologies. Constat fait d’un état du monde particulièrement problématique, aussi bien en termes écologique que politique et social, la manière de fabriquer notre monde – notre écologie matérielle – nécessite des remises en causes fondamentales. Réduire la proportion de plastique dans nos produits ne suffira pas – il faut repenser la technique et ses logiques industrielles, extractivistes et jusqu’au-boutistes. Que cela soit en terme d’échelles territoriales ou temporelles, mais aussi en terme de participation, d’ouverture, de partage ou de norme, imaginer d’autres paradigmes technologiques implique de les mettre à l’épreuve, d’en évaluer la pertinence, l’impact et les transferts. Et c’est justement en cela que la recherche par la pratique peut devenir utile aux autres sciences expérimentales ou sociales. Car nombreux sont les appels à transformer notre rapport aux technologies – à intégrer le développement technique dans la culture et les processus démocratiques – mais rare sont les exemples concrets de ces appels, et encore moins ceux qui vont jusqu’à partager, implémenter et déployer des techniques radicalement différentes. Ainsi, le travail de recherche d’Emile De Visscher participe à soutenir et évaluer les conditions de possibilités de formes de « technodiversités » (terme inventé par le philosophe Yuk Hui en référence à la reconnue « biodiversité ») afin d’ouvrir nos futurs techniques du probable vers le possible. Il présentera ses méthodes, ses positionnements et quelques uns de ses projets de recherche.
Bio
Emile De Visscher est ingénieur, designer et chercheur. Il est titulaire d’une Chaire Professeur Junior à l’ENS Paris Saclay, intitulée « Design pour les Transitions Écologiques, au sein du département de design et du Centre de Recherche en Design, commun avec l’ENSCI-Les Ateliers. Il a fait ses études à l’Université de Technologie de Compiègne et au Royal College of Art, avant d’intégrer le programme doctoral SACRe à l’ENSAD. Il a défendu sa thèse en 2018 dans le musée des arts et métiers, portant sur les conditions d’existence de procédés techniques partageables. Entre 2019 et 2023, il a intégré l’équipe du Cluster d’Excellence « Matters of Activity » à l’Université de la Humboldt à Berlin, pour travailler sur les enjeux et impacts du design avec la matière active. Durant son parcours, il a développé plusieurs projets dont Polyfloss, une machine de recyclage de plastique, Pétrification, un procédé de fabrication de céramique à partir de papier, ou Pearling, une machine de fabrication de nacre artificielle. Il a aussi édité plusieurs ouvrages scientifiques, dont le dernier numéro de la revue RADDAR portant sur la notion du faux en design. Depuis 2023, il a rejoint l’ENS Paris Saclay et pilote plusieurs projets de recherche portant sur la combinaison de techniques de production et de remédiation écologique.
Pratiques de médiation muséale.
Un cadre épistémologique pour structurer un dialogue interdisciplinaire entre conception, sémiotique et sciences de l’éducation.
Enrico Barbetti
Invité par Michela Deni et Alessandro Zinna
Résumé
Afin d’intervenir sur les pratiques de médiation muséale, comment pouvons-nous construire un dialogue interdisciplinaire entre la sémiotique et les sciences de l’éducation, capable de valoriser réciproquement les objectifs, les méthodes et les compétences ? Cette question a orienté nos travaux de recherche doctorale menés entre 2019 et 2023 et constitue le point de départ de l’intervention proposée.
L’objectif est de problématiser les conditions de possibilité d’une relation structurée entre une discipline à vocation principalement descriptive, telle que la sémiotique, et des domaines orientés vers la conception et la transformation des contextes sociaux, tels que les sciences de l’éducation et le design. L’accent est mis en particulier sur la recherche-formation en tant que dispositif de conception éducative : une approche orientée vers la transformation des contextes sociaux à travers la formation permanente des personnes impliquées dans la recherche.
En absence d’échanges réciproques, le risque est de réduire la relation à une approche purement cross-disciplinaire, dans laquelle la sémiotique est utilisée comme un réservoir théorique à partir duquel on extrait des concepts utiles à la pratique pédagogique, sans véritable confrontation avec l’appareil épistémologique et méthodologique de la recherche en éducation. Une telle réduction représenterait une occasion manquée : certaines épistémologies orientées vers le changement, propres à des traditions spécifiques de la recherche éducative, peuvent en effet offrir des outils scientifiques et opérationnels utiles pour soutenir une sémiotique didactique maïeutique – comme le souhaitait déjà Greimas en 1979 – qui ne se limite pas à la description, mais qui est également capable de contribuer à la conception.
Partant de ces prémisses, nous proposons de considérer “l’architecture à niveaux et à anneaux de connexion” esquissée par Paolo Fabbri dans La Svolta Semiotica comme une carte utile pour structurer un dialogue interdisciplinaire à plusieurs niveaux avec des disciplines telles que la pédagogie et le design, en favorisant les connexions entre des plans homologues et entre les différents niveaux.
Ces réflexions épistémiques seront également présentées à travers un cas de recherche-formation mené entre les éducateurs du musée de la Pinacothèque de Brera et les enseignants d’un lycée milanais. À partir du double niveau de conception – d’une part, la conception de l’intervention de recherche-formation, d’autre part, la co-conception, confiée aux enseignants et aux éducateurs, d’activités didactiques conjointes – nous entendons problématiser non seulement les possibilités d’échange disciplinaire, mais aussi les différents rôles actantiels assumés, tour à tour, par le chercheur-sémioticien et les professionnels de l’éducation impliqués. Ce cas permettra donc de montrer comment les différentes compétences disciplinaires peuvent être mobilisées dans des phases de conception, d’analyse et de restitution, dans un contexte de recherche orienté vers la conception d’un changement concret dans les contextes sociaux.
Bio
Enrico Barbetti est professeur contractuel à l’Université Mercatorum (université numérique) en Sémiotique générale, Sémiotique des médias et Sémiotique des réseaux sociaux et du web. Ses intérêts en matière d’études et de recherche se concentrent sur trois domaines disciplinaires : les arts visuels, l’éducation muséale et la sémiotique. Il est diplômé en histoire de l’art de l’université Ca’ Foscari à Venise avec un mémoire sur la didactique visuelle du Bauhaus et du Black Mountain College et a travaillé comme éducateur muséal dans plusieurs institutions vénitiennes, telles que la Peggy Guggenheim Collection et Palazzo Grassi – Punta della Dogana. Il a obtenu son doctorat à l’université de Modena et Reggio Emilia en Reggio Childhood Studies, avec une thèse sur la sociosémiotique et l’éducation à l’interprétation. Il a récemment terminé un post-doc à UniMoRe dans le cadre du projet MappingRe, qui visait à cartographier la perception de la ville de Reggio Emilia à travers des récits numériques. Dans ce projet, il s’est principalement occupé de l’analyse sémiotique des images numériques publiées par les utilisateurs en relation avec les lieux les plus importants de la ville.
