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PROJEKT | May 24, 2017

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L’innovation sociale par le design

Notre domaine de recherche

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Débat participatif lors du colloque ECRiDiL Nîmes 2016

L’innovation sociale se distingue de l’innovation technologique, économique, culturelle par le fait de placer au centre de ses préoccupations l’individu, ses besoins et ses aspirations, et de s’appuyer sur la croissance et le partage. Elle englobe toutes les transformations observables dans les manières de vivre, d’habiter, de travailler et d’appartenir à différentes communautés de valeur. Elle concerne aussi les changements organisationnels dans les relations entre les politiques publiques et les citoyens, et engendre des coopérations renouvelées en incluant et en mettant en lien les parties prenantes dans le processus de changement sociétal. Plus précisément, l’innovation sociale « entend produire des réponses nouvelles à des besoins sociaux (ou des inspirations sociales) non satisfaits, en impliquant tous les acteurs concernés — en premier lieu les usagers — dans l’invention, l’expérimentation, la diffusion et l’évaluation de nouvelles solutions. L’innovation sociale est donc par essence locale et contextuelle » (Scherer et al., 2015).

Le concept d’innovation sociale apparaît au cours de la décennie 2000, parallèlement à ceux de l’innovation ouverte (Chesbrough, 2003), l’innovation ascendante (von Hippel, 2005), le Design Thinking (Cross, 1982, 2001, 2007, 2011 ; Brown, 2008), l’innovation sociale et durable (Manzini, 2007) ou encore l’innovation Jugaad (Radjou, Prabhu et Ahuja, 2012). À l’heure actuelle, il n’existe pas de définition unique et faisant autorité de la notion d’innovation sociale, puisqu’on peut recenser au moins 15 définitions différentes (TEPSIE, 2014).

On peut néanmoins considérer les innovations sociales à partir de 3 caractéristiques (TEPSIE, 2014) :

  • les innovations sociales ne sont pas prioritairement marchandes ; leurs bénéficiaires sont des collectifs, voire la société tout entière, plutôt que des entrepreneurs, des investisseurs ou des consommateurs ; leur but premier n’est pas le profit, elles se situent du côté des communs ;
  • bien qu’il ne soit pas exclu qu’elles puissent avoir des effets indésirables, les innovations sociales sont créées avec l’intention de répondre à des besoins sociaux de manière positive et bénéfique ; elles visent le « bien-être des individus et des communautés » (OCDE, 2011) ;
  • les innovations sociales prennent la forme de solutions nouvelles dans le développement ou la gouvernance desquelles les bénéficiaires sont directement ou indirectement impliqués et mobilisés, d’une manière participative qui transforme les rapports sociaux en améliorant l’accès au pouvoir (empowerment) et aux ressources des collectifs concernés.

Les innovations sociales favorisent donc l’émergence d’une société innovante dont le cœur se situe au croisement du politique, de l’économique, de l’académique et de la société civile.

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Les innovations sociales sont à rapprocher de l’économie sociale, un modèle de développement économique soucieux de solidarité et d’utilité sociale, fondé sur des modes de gestion participative et démocratique au service de la collectivité, où les personnes et le travail priment sur le capital et le profit individuel. Au sein de ce domaine émergent et porteur, le groupe PROJEKT souhaite se spécialiser dans une direction bien particulière, encore peu explorée mais en plein essor : l’innovation sociale par le design (social innovation by design). Même si les deux expressions sont parfois employées l’une pour l’autre , il ne faut pas confondre le design social et l’innovation sociale par le design. Suivant les travaux pionniers d’Ezio Manzini (2015), nous distinguons le design social au sens strict, qui concerne la capacité du design à contribuer à résoudre des situations particulièrement problématiques (comme la pauvreté, la maladie ou l’exclusion sociale), de l’innovation sociale par le design, qui concerne plus largement tout ce que des designers peuvent faire pour activer, soutenir et orienter les processus de changement social.

L’innovation sociale par le design s’appuie sur quatre piliers fondamentaux : les communautés créatives, les réseaux collaboratifs, les sociétés articulant des enjeux locaux et globaux, et les outils émérgeants de gouvernance (Manzini 2007). L’innovation sociale par le design est alors liée au design durable, au design de services, au design des politiques publiques. Cette orientation du design implique de nouveaux acteurs et inclut au premier plan les usagers, grâce aux méthodes du codesign, du design thinking, du design d’expérience utilisateur (UX design) et plus largement grâce à la ré-appropriation participative du pouvoir d’agir (innovation ouverte, approches bottom-up, empowerment…). Des projets de codesign commencent ainsi à se développer un peu partout dans le monde, dans lesquels les usagers sont dès le début parties prenantes. En cela, l’innovation sociale par le design comprend une dimension socio-politique par la reconnaissance du pouvoir d’agir des individus et des communautés.

Il nous semble ainsi important de souligner le rôle de médiateur que joue le designer dans ces projets de codesign. Le designer opérant pour l’innovation sociale est un connecteur de compétences (Deni, 2014). Pour répondre aux besoins actuels, il agit en intellectuel technicien (Maldonado, 1970) dont les compétences aussi larges que complexes sont requises pour transposer et concrétiser les défis à l’œuvre dans les différents secteurs, en eux-mêmes très divers. À titre d’exemple, on peut s’intéresser au terrain d’expérimentation libre que constituent les FabLabs émergeant dans plusieurs villes du monde entier. Aux côtés des chercheurs en SHS et des citoyens, les designers ont un rôle à jouer pour participer au développement de projets au service des besoins sociaux, tout en transmettant leurs savoirs et savoir-faire, dans une dynamique horizontale. Ces nouveaux projets à l’initiative des citoyens questionnent aussi le rôle traditionnel de médiation, voire de régulation joué par les institutions publiques, qui doivent prendre la mesure de cette capacité des citoyens à s’auto-organiser.

En bref, c’est sur le design, c’est-à-dire la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de services favorisant l’innovation sociale que portent nos recherches.