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PROJEKT | June 24, 2017

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Allocation de thèse DGA en design

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La DGA finance chaque année, pour une durée maximale de trois ans, environ 135 thèses dont 130 en sciences de la matière et du vivant (SMV) et 5 en sciences humaines et sociales (SHS). Les résultats des commissions de sélection des sujets 2016 sont connus depuis le mois d’avril. Parmi les 4 thèses en SHS retenues, il y a le sujet proposé par l’Université de Nîmes (n° 2016709). Sur la base de ce financement DGA, l’Université de Nîmes a donc le plaisir de mettre au concours une bourse de thèse en design sur le sujet suivant : « Vers une symbologie cartographique d’éléments psychosociaux interactifs usage militaire ». Voir la description détaillée ci-dessous.

La thèse sera accomplie sous la direction de Stéphane Vial et sera inscrite à l’École Doctorale 583 sous la forme d’un doctorat en sciences de l’information et de la communication. Elle nécessite des compétences en design d’information et design d’interaction, voire en informatique. Elle sera entièrement financée, ce qui signifie que le (la) candidat(e) retenu(e) bénéficiera d’un contrat doctoral et sera salarié(e) par l’Université de Nîmes.

Pour candidater, merci de vous manifester à l’adresse stephane.vial@unimes.fr avant le 11 mai 2016.

 

Présentation du sujet

Vers une symbologie cartographique d’éléments psychosociaux interactifs à usage militaire

Établissement

Université de Nîmes, École Doctorale 583, groupe de recherches « PROJEKT ».

Contexte de la recherche

La représentation de l’information sous forme cartographique est une pratique séculaire dans le domaine de la défense, à des fins de bilan de situation, de préparation ou de conduite des opérations. Les conflits traditionnels et symétriques habituels avant la chute du mur de Berlin ont laissé la place à des conflits asymétriques et non conventionnels qui, peuvent être localisés dans des pays plus ou moins lointains mais aussi au sein même de nos États et nos villes, même lorsque ceux-ci ne sont pas en conflit déclaré avec d’autres États selon les normes historiques ou qu’il n’existe pas de structure formelle d’ennemi  (Islamic State of Iraq and the Levant – ISIL –, par exemple).

Que se soit le Livre Blanc de la défense ou d’autres ouvrages non institutionnels (Desportes, 2015), les auteurs considèrent ce type de conflit comme potentiellement récurrents dans les années futures et orientent ou poussent à une meilleure prise en compte de ces risques et un développement des nouvelles capacités permettant d’y faire face.

Dans ce contexte, il existe différents paramètres (informations d’ordre politique ou religieux, enjeux de pouvoir, conflits ethniques, dissonance cognitive, intérêts divers, ressentis, enjeux financiers, opinion mining…) qui animent la situation et les enjeux et conditionnent la compréhension de l’autre, la préparation et la conduite des actions opportunes.

L’analyse des symbologies opérationnelles et symboles cartographiques — voir les définitions de « opérationnal symbology » et « symbology » données dans l’AAP 6-A  de l’OTAN et utilisées de manière standard dans les organisations, ou dans l’ex-pacte de Varsovie (Bolin, 1946) ou dans les pays utilisant l’une ou l’autre de ces deux familles de symbologie — illustre l’absence totale de prise en compte de ces dimensions.

Cette absence est compensée parfois par la création de symbologies ad-hoc, circonstancielles, qui sont faiblement partagées et rarement diffusées quand elles existent. Dans d’autres cas, les symbologies actuelles sont utilisées et interprétées à la marge. Dans les autres cas, on utilise du texte, lui aussi non standardisé, associé en libellé à un point, une zone ou une direction, qui reste à ce jour la forme la plus partageable. Ce partage ne permet cependant pas de constituer des classes, instances ou attributs qui pourraient être manipulés par des outils de type IA et qui permettraient de créer de l’aide à la décision ou à l’identification quasi-automatique de situations parlantes au spécialiste métier, voire d’aide à la réflexion stratégique dans une logique de pensée augmentée.

À côté des cartes classiques, référencées sur une zone géographique plus ou moins étendue, existe désormais, du fait des possibilités du numérique, le concept de carte cognitive. Ce concept permet de formaliser sur un espace 2D des relations diverses entres des acteurs, des groupes de carte cognitive, expression et représentation de réseaux d’acteurs et de leur dynamique spatio-temporelle (actor network theory).

De plus, en raison de la rapidité d’évolution des situations sur le terrain et de la superposition-imbrication de différents niveaux d’acteurs, la manipulation de ces cartes doit être capable de représenter la situation de manière dynamique afin de suivre et tracer les évolutions de situation. Elles doivent donc être capables, tant au niveau cartographique que symbolique, de prendre en compte les trajectoires spatio-temporelles (Peuquet, Kraak) des acteurs impliqués, que ces acteurs relèvent d’une réalité physique ou qu’ils relèvent du monde de la pensée.

Enfin, et de manière comparative avec les cartes des conflits traditionnels, la multi-dimensionnalité des conflits actuels fait qu’une représentation sur support unique est au delà des limites de représentation et de raisonnement des décideurs. Il est donc nécessaire d’envisager pour cette représentation une logique multi-calques, multi-niveaux, multi-graphes, sans aujourd’hui pouvoir déterminer la forme, l’usage, la représentation et la manipulation de ces « multi ».

Enjeux scientifiques et méthodologiques

La question des écritures numériques est actuellement en pleine croissance au sein de la recherche en humanités digitales, non sans rapport avec la tradition de recherche sur les « écrits d’écran » (Souchier, 1996). Cela est dû non seulement à la transition numérique de la recherche en SHS qui conduit peu à peu les humanités à se dé-livrer (Vinck et Clivaz, 2014), c’est-à-dire à sortir du livre statique imprimé, mais aussi en raison de l’enjeu philosophique et anthropologique qui, en arrière-plan, réside dans la possibilité de constituer à terme des outils numériques d’aide à la réflexion et d’augmentation de la pensée susceptibles de bouleverser la manière de penser, de faire des hypothèses, de faire de la recherche, de créer. Ces outils numériques permettent ainsi,  de manière automatique mais rationnelle, de s’affranchir de la contrainte de l’écrit classique, tant dans sa géométrie (mot, ligne, page) que dans les modes d’expression des relations entre les mots (syntaxe, grammaire). Dans ce contexte, une approche cartographique permettra de substituer au mode d’expression actuel privilégié (logocentrisme du texte ou du discours) des aspects visuels et graphiques attachés à des éléments socio-culturels. La représentation cartographique, soit sur un fond de carte enrichi soit de manière uniquement relationnelle sans connotation géographique ou spatiale, permettra la mise en marche de processus d’interaction entre des processus de pensée-écriture constitués en graphes dynamiques, géographiques ou non. Ce mode de représentation des connaissances peut constituer un progrès décisif tant pour pour les sciences humaines et sociales outillées par le design numérique, en lien étroit avec l’écriture numérique des cartes territoriales que pour le monde de la géographie aujourd’hui contraint par une obligation systématique d’interprétation et d’enrichissement textuel présenté en complément de la carte.

En outre, une relecture de Kandinsky pourra également être réalisée dans un cadre fonctionnel et non artistique. Le fait que « la composition et la subordination intérieurement conforme au but » pourrait être réalisé à des fins de représentation de l’effet final recherché, la représentation graphique deviendrait  alors l’intermédiaire abstrait entre le présent et le futur et l’écriture picturale (numérique) du point de départ et d’aboutissement de l’action sous réserve de la création d’une sémantique graphique ad hoc et manipulable. On pourra aussi s’interroger, à l’identique de ce que fit cet auteur sur la transformation « en point » de l’écriture musicale classique, très normée et formalisée, s’il n’est pas possible de trouver une transformation symbolique de discours ou fragments de discours de raisonnements ou d’hypothèses d’actions possibles dans les champs socioculturels en élément cartographiques et symboliques.

Enfin, sur le plan méthodologique, le travail conduit suivra l’épistémologie de la recherche-projet en design (Findeli, 2010), selon laquelle le projet de recherche s’appuie nécessairement sur un (ou plusieurs) projet(s) de design. Pour penser juste en design, il convient de penser en situation (grounded theory, Glaser et Strauss, 1967) et c’est pourquoi, selon la recherche-projet (project-grounded theory), la recherche s’accomplit dans le flux d’un projet de design réel qui tient lieu de « terrain ». Il s’agira d’apporter une contribution à la méthodologie et à l’épistémologie originale de ce type de recherche par le design (research through design, Michel, 2007).

Le laboratoire porteur du présent projet de thèse cherche à prendre des contacts lui permettant des rapprochements avec des structures ou des entreprises ayant déjà été impliquées dans des travaux relatifs à l’identification, la représentation et la manipulation des aspects socio-culturels qui pourraient servir de champ d’expérimentation.

Objectifs de la thèse

L’objectif général de la thèse est, dans un contexte pluridisciplinaire et pluri-métiers, de participer à la création et à l’identification du besoin, et à la construction tant graphique qu’au niveau de l’écriture numérique d’une symbologie utilisable dans les systèmes d’informations opérationnels (SIO) et les systèmes d’information géographiques (SIG), permettant de représenter et manipuler des composantes non physiques (sociologiques, culturelles, religieuses, politiques, de type groupes, influences, pressions…) identifiées ou identifiables et pertinentes dans un contexte de conflit asymétrique ou dans un contexte d’urgence sécuritaire (anti-terrorisme).

Ce travail constitue une première étape et un premier test d’un ensemble de travaux bien au delà de la thèse, et s’appuyant sur des acteurs et des processus identifiés, pourraient déboucher vers une proposition de standardisation

De manière plus détaillée, la thèse devra :

  • identifier les symbologies tactiques et stratégiques existantes et analyser leur écart par rapport aux besoins en termes de symbologies des données de type de valeurs (au sens de Bardi et Schwartz par exemple), de dimensions sociales et d’opinions telles qu’étudiées par Galam (1982), culturelles, anthropologiques, économique notamment dans les opérations de prévention ou de rétablissement de la paix (Addison, 2004) ;
  • identifier si possible auprès d’opérationnels les besoins de symbologies en termes sociaux et culturels …, ainsi que leurs usages et potentiels dans un cadre d’information statique ou dynamique, selon la persistance ou la labilité et le déplacement l’extension des opinions et des croyances ;
  • identifier des pistes de design pouvant supporter et décrire les dimensions sociales, culturelles et anthropologiques dans des représentations statiques et dynamiques ;
  • identifier en parallèle les possibles typologies, classes et attributs pouvant être manipulées, en miroir d’une représentation graphique, pas des outils de type IA ;

Selon les éléments identifiés les objectifs secondaires suivants pourront être abordés :

  • identifier les besoins et exigences robustes au changement d’échelle à savoir comment une représentation au niveau d’une ville sera transférée au niveau d’une région ou d’un État ;
  • identifier le besoin de la présence d’un fond de carte à la représentation des éléments géographiques et tactiques surajoutés ;
  • identifier si la représentation statique est suffisante ou si une représentation animée / animable serait plus propice à l’écriture numérique de la situation et à la présence/absence de représentation dynamique et de « fond de carte » ;
  • construire une étude d’usage avec les outils et supports proposés, ou d’autres ;
  • développer la prospective de cette approche innovante (normalisation, IA et aide au décideur).

Déroulement

La dimension académique et contrainte d’une thèse devant être réalisée en 3 ans oblige à limiter les objectifs et doit être considérée de fait comme une première exploration tant en termes de réalisation et de problématique abordée qu’en termes de développement ou de regards prospectifs. Ainsi le programme de travail pourrait être le suivant :

Année 1

  • État de l’art des symbologies existantes (standardisées ou non)
  • Exploration de pistes marginales ou artistiques
  • État de l’art des modes de travail utilisés
  • Positionnement méthodologique et épistémologique (recherche-projet)

Année 2

  • Recensement et choix des éléments de contenus nécessaires
  • Proposition de design (objets graphiques et manipulation)
  • Élaboration des hypothèses théoriques
  • Premiers éléments rédactionnels

Année 3

  • Construction et test d’une étude d’usage
  • Rédaction

Champs disciplinaires concernés

La présente offre de thèse s’inscrit dans l’interdisciplinarité fondamentale d’un tel travail, ce qui couvre de manière non exhaustive les domaines suivants : design numérique, design d’information, design d’interaction, recherche par le design, écritures numériques, géographie, polémologie, anthropologie, épistémologie, systèmes d’informations opérationnels (SIO), systèmes d’information géographiques (SIG).

Références

  • AAP-6A ; Stanag 2019 ed 4 du 1/02/1999 ; NORTH ATLANTIC TREATY ORGANIZATION, MILITARY AGENCY FOR STANDARDIZATION (MAS)
  • Addison, T. (2004). The global economy, conflict prevention, and post-conflict recovery. World Institute for Development Economics Research, Helsinki, United Nations University, 8.
  • Anat Bardi et Shalom H. Schwartz, « Values and Behavior: Strength and Structure of Relation », PERSONALITY AND SOCIAL PSYCHOLOGY BULLETIN, vol. 29, no 10,octobre 2003.
  • Bertin, J. (1973). Sémiologie graphique: Les diagrammes-Les réseaux-Les cartes.
  • Bolin, D., & Robert, L. (1946). Handbook on USSR Military Forces: Chapter IXII, Maps, conventionnal signs and symbols, 15 October 1946. War Department , Washington, DC
  • Desportes  V : La dernière bataille de France : Lettre aux Français qui croient encore être défendus, Gallimard,2015, 208 p
  • Findeli, A. (2010), « Searching for Design Research Questions : Some Conceptual Clarifica tions », in Chow, R. (dir.),Jonas, W. (dir.), Joost, G. (dir.), Questions, Hypotheses & Conjectures : discussions on projects by early stage andsenior design researchers, Design Research Network/ iUniverse, Bloomington.
  • Glaser, B., & Strauss, A. (1967). The Discovery of Grounded Theory: Strategies or Qualitative Research. Chicago: Aldine.
  • Galam, S., Gefen, Y., & Shapir, Y. (1982). Sociophysics: A new approach of sociological collective behaviour. I. mean behaviour description of a strike. Journal of Mathematical Sociology, 9(1), 1-13.
  • KANDINSKY, W. (1970). Point, ligne, plan, Paris: Denoël-Gonthier, coll.
  • Kandinsky, W. (1975). Cours du Bauhaus (Vol. 174). Denoël-Gonthier.
  • Kraak, M. J. (2003, August). The space-time cube revisited from a geovisualization perspective. In Proc. 21st International Cartographic Conference (pp. 1988-1996).
  • Latour, B. (2005). Reassembling the social-an introduction to actor-network-theory. Reassembling the Social-An Introduction to Actor-Network-Theory, by Bruno Latour, pp. 316. Foreword by Bruno Latour. Oxford University Press, Sep 2005. ISBN-10: 0199256047. ISBN-13: 9780199256044, 1.
  • Livre Blanc Défense et sécurité Nationale 2013 , Direction de l’l’information légale et administrative, Paris , 2013
  • Michel R. (dir.), Design research now: essays and selected projects, Basel,Boston, Berlin, Birkhäuser, 2007.
  • Peuquet, D. J. (1994). It’s about time: A conceptual framework for the representation of temporal dynamics in geographic information systems. Annals of the Association of american Geographers, 84(3), 441-461.
  • Souchier, E. (1996), « L’écrit d’écran : pratiques d’écriture et informatique », Communication & langages, n° 107, p.105­-119.
  • Svenmarc P, Sjöberg E, Socio-Cultural Modelling of Operational Interaction with Influential Actors , Preliminary Investigation FOI-R–3293–SE ISSN 1650-1942 ; Base Data Report Linköping, October 2011
  • Vinck Dominique, Clivaz Claire, « Les humanités délivrées. Savoir et culture réinventés hors du livre», Revue d’anthropologie des connaissances, 4/2014 (Vol. 8, n° 4) , p. 681-704
  • Wang, F., & Hall, G. B. (1996). Fuzzy representation of geographical boundaries in GIS. International Journal of Geographical Information Systems, 10(5), 573-590.